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20 octobre 2013 / gallegre

OpenStreetMap vs Wikipedia – 1/3 – les convergences

Avertissement…

Le triptyque d’articles à venir est le recyclage éhonté d’une présentation que j’ai faite en juin dernier lors d‘une wikipermanence de la Cabale à la Noix, à Grenoble donc, pour les Initiés. Mon but essentiel était de présenter chacun des deux projets à l’autre communauté, étant moi-même bi-classé.

À l’origine, cette présentation visait surtout à amorcer le dialogue entre les contributeurs des deux projets. Ici, ce seront les commentaires qui joueront ce rôle, du moins je l’espère. J’ai essayé d’être à peu près objectif dans les comparaisons entre OSM et Wikipédia ; j’ai cependant une plus grande expérience sur OpenStreetMap, et les Wiki[PM]édiens experts auront tout loisir de corriger mes bêtises dans les commentaires.

Pour la structuration de ces trois articles, comme pour ma présentation originale, sans vergogne, j’ai adopté la valeur sûre du programme de seconde en français, connu sous le nom de plan dialectique.

OpenStreetMap et Wikipedia – convergences

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La philosophie du libre partage

Le plus évident des points communs entre OpenStreetMap et Wikipédia est sans doute la philosophie sous-jacente, de libre partage de la connaissance, à la fois en accès et en modification. Même si les modalités formelles peuvent différer légèrement, puisque les licences adoptées ne sont pas identiques, cette philosophie commune est mise en œuvre par des licences qui précisent les règles : Open Database License pour OSM, et Creative Commons – paternité – partage à l’identique pour Wikipédia.

Au-delà de la licence, les deux projets défendent des valeurs communes, comme certaines libertés numériques. Wikimédia, par exemple, demande la liberté de panorama, qui existe dans certains pays mais pas en France. Dans le même ordre d’idée, les deux communautés réclament la diffusion la plus large des données publiques les concernant, sous le terme maintenant à la mode d’Open Data.

Deux projets massivement collaboratifs

L’autre point commun évident des deux projets (et qui pourrait contester la première place) est l’aspect massivement collaboratif, qu’on a coutume d’appeler crowdsourcing. Les deux communautés font le pari (parfois risqué) de l’intelligence collective. Non seulement chacun apporte ses connaissances, mais chacun peut corriger les apports des autres (ce qui ne va pas sans heurts). Dans les deux projets, le nombre de contributions s’évalue en milliards, et le nombre de contributeurs en millions.

Les défis sont également très similaires pour les deux communautés dans le recrutement de nouveaux contributeurs : les profils des utilisateurs actifs sont souvent similaires, particulièrement sur OpenStreetMap. Le profil « jeune homme éduqué vivant en milieu urbain, dans un pays occidental » est largement sur-représenté ({{refnec}}, je sais). Les deux projets sont apparemment conscients du problème, et on observe des initiatives pour ouvrir plus largement la contribution, comme les formations du projet HOT (Humanitarian OpenStreetMap Team), ou le projet Afripédia, par exemple.

Pour l’anecdote, la communauté OSM aime bien se présenter comme une fourmilière, chaque fourmi couvrant un petit bout du territoire, pour au final construire un grand projet en commun. L’image est peut-être un peu trop humble à mon goût, mais elle illustre le crowdsourcing à merveille.

Deux projets « utopiques »

Les deux projets ont essuyé diverses critiques, et Wikipédia tout particulièrement. Le terme « utopique », plutôt sympathique en fait, a été assez vite démenti par les faits, puisque les deux projets fonctionnent, avec un succès incontesté. Mais il a fait place à d’autres attaques.

La plus récurrente était sans doute le « c’est pas sérieux » motivé par l’absence de validation par des experts du domaine, qu’on trouve décliné sous plusieurs formes : « n’importe qui peut modifier le contenu ‽ » (air effaré), ou « mais qui valide les modifications ? » (nuance d’espoir).

Et effectivement, certains experts se sont offusqués des méthodes employées :

  • quoi ! une base géomatique qui n’utilise pas de couches ! (première hérésie) et avec une structure de données variable ! (deuxième hérésie)
  • quoi ! des articles écrits par des simples quidams, ni journalistes (avec carte) ni universitaires (avec doctorat)  (première hérésie) ! et sans rédacteur-en-chef ! (deuxième hérésie)
  • quoi ! des photos prises par des bénévoles et librement diffusées ! gratuitement en plus ! (hérésie suprême)

Parmi les « spécialistes » et les « éducateurs », certains ont compris l’intérêt des projets et contribuent ou utilisent Wikipédia et OpenStreetMap. Mais d’autres semblent définitivement irrécupérables, hélas.

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Deux projets innovants

Une possible explication de ce qui précède est que les deux projets sont très innovants : ce ne sont pas de simples transpositions « web » d’objets existants ailleurs dans le champ culturel. Il a fallu élaborer les outils nouveaux permettant les contributions les plus nombreuses.

Wikipédia est apparue au balbutiement des wikis, la préhistoire du web 2.0, et s’est massivement appuyée sur MediaWiki, le wiki actuellement le plus riche. Mais elle a surtout fortement piloté le développement de ce logiciel, la grande majorité des extensions étant apparues pour combler les besoins de l’encyclopédie.

De la même façon, même si OSM utilise des bases logicielles libres extérieures (essentiellement la base de données PostgreSQL et son extension géospatiale PostGIS), les nombreux outils développés pour les contributeurs et l’infrastructure ont été conçus pour les besoins spécifiques d’OSM. Là encore, de nouveaux usages ont motivé le développement de nouveaux outils (JOSM et ses greffons, les éditeurs en ligne Potlatch puis iD…).

Bref, dans les deux cas, les outils sont forgés par les utilisateurs, et pas empruntés au monde extérieur.

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La gouvernance des projets

OpenStreetMap et WikiMedia ont encore des grosses similitudes sur la « gouvernance » des projets et la structuration de la communauté, puisqu’ils respectent tous deux peu ou prou la hiérarchie à trois mailles :

  1. une fondation mondiale (Wikimedia Foundation, états-unienne / OpenStreetMap Foundation, royaume-unienne), qui supporte l’infrastructure et a un certain rôle éditorial (le plus limité possible) ;
  2. des « associations » nationales (éventuellement dénommées « chapitres »), parce que c’est l’échelon naturel pour construire un regroupement formalisé, facilitant les contacts avec les institutions par exemple. Cela a donné Wikimédia France et OpenStreetMap France, pour ce qui nous occupe (je suis membre des deux). On voit au passage que les noms ne sont pas issus d’un concours de créativité, mais ce n’est sans doute pas ce qu’on leur demandait ;
  3. des groupes locaux, subtilement nommés « cabales » chez les wikimédiens francophones, qui n’ont pas d’existence légale, mais regroupent des contributeurs proches géographiquement, et sont plus ou moins liés à l’association nationale correspondante. Ce sont parfois les relais « régionaux » des actions nationales, ou bien plus souvent l’alibi respectable pour aller picoler entre potes sociabiliser entre passionnés partageant des centres d’intérêt communs.

roi_Louis_VOn peut ajouter que, dans les deux cas, la communauté ne se résume pas à ces organisations, mêmes informelles. La majorité des contributeurs n’a rejoint aucun « regroupement ». Certains ne se sentent même pas du tout représentés, mais n’en contribuent pas moins pour autant.

Une filiation revendiquée

Enfin, pour présenter le projet aux profanes, les contributeurs d’OSM ont souvent utilisé la phrase magique « OpenStreetMap est la Wikipédia des cartes », qui a le mérite de la rapidité et de la concision, au prix de petites approximations qu’on a tout le loisir de préciser ensuite.

À suivre

La prochaine fois, je me concentrerai sur les divergences entre les deux projets. Mauvaise foi, private jokes et trolls inclus. À bientôt donc ! (et pour les petits singes promis, ce sera un peu plus tard).

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6 commentaires

Laisser un commentaire
  1. Claudine Besset-Lamoine / Oct 20 2013 19:44

    Il y avait longtemps que je n’avais pas lu quelque chose d’aussi rafraichissant et d’aussi informatif. Merci CBL/ WMFR

  2. gallegre / Oct 20 2013 22:11

    Merci à Gwen Boussard et Benoît Evellin pour les coquilles signalées, corrigées maintenant.

  3. Florian / Oct 21 2013 10:28

    Ton analyse commence bien, j’attends la suite avec impatience … PS: je suis un peu embêté, je rajoute ton site dans mon dossier OSM ou WP pour les flux RSS ?!

    • gallegre / Oct 21 2013 11:24

      ah ! éternelle question des catégorisations hiérarchiques !

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